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vendredi 22 septembre 2017

Ronsard - Las ! pour vous trop aymer


Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Ensemble polyphonique de Paris
Composition : Antoine de Bertrand
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Métamorphoses de Paris
Composition : Antoine de Bertrand




Pierre de Ronsard - (1524-1585)

Second livre des Amours


Las ! Pour vous trop aymer

Las! pour vous trop aymer je ne vous puis aymer,
Car il fault en aimant avoir discretion:
Helas! je ne l'ay pas: car trop d'affection
Me vient trop folement tout le cueur enflammer.

D'un feu desesperé vous faictes consommer
Mon cueur, que vous brulez sans intermission,
Et si bien la fureur nourrit ma passion
Que la raison me fault, dont je me deusse armer.

Ah! guerissez moy donc de ma fureur extreme,
Afin qu'avec raison honorer je vous puisse,
Ou pardonnez au moins mes faultes à vous mesme,

Et le peché commis en tatant vostre cuisse:
Car je n'eusse touché en lieu si deffendu,
Si pour trop vous aymer mon sens ne fust perdu.


mercredi 20 septembre 2017

Jean Moréas - Conte d'amour



Ecouter la version chantée
Interprétation : Natalia Orlova
Composition : Natalia Orlova
- Diffusé par DEEZER -




Jean Moréas - (1856-1910)


Conte d'amour (VII)

Hiver : la bise se lamente,
La neige couvre le verger.
Dans nos coeurs aussi, pauvre amante,
Il va neiger, il va neiger.

Hier : c'était les soleils jaunes.
Hier, c'était encor l'été.
C'était l'eau courant sous les aulnes
Dans le val de maïs planté.

Hier, c'était les blancs, les roses
Lis, les lis d'or érubescent -
Et demain : c'est les passeroses,
C'est les ifs plaintifs, balançant,

Balançant leur verdure dense,
Sur nos bonheurs ensevelis ;
Demain, c'est la macabre danse
Des souvenirs aux fronts pâlis ;

Demain, c'est les doutes, les craintes,
C'est les désirs martyrisés,
C'est le coucher sans tes étreintes,
C'est le lever sans tes baisers.


mardi 19 septembre 2017

Poèmes sur l'automne



Paul Verlaine - Chanson d'Automne
Les sanglots longs Des violons De l'automne

Alphonse de Lamartine - L'automne
Salut ! bois couronnés d’un reste de verdure !

Charles Baudelaire - Chant d'automne
Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres

Anna de Noailles - L'automne
Voici venu le froid radieux de septembre

Théodore de Banville - L'automne
Sois le bienvenu, rouge Automne

François Coppée - Matin d'octobre
C'est l'heure exquise et matinale

René Guy Cadou - Automne
Odeur des pluies de mon enfance

Paul Claudel - Comment vous parler de l'automne

Armand Silvestre - Automne
Automne au ciel brumeux, aux horizons navrants

Guillaume Apollinaire - Automne
Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux

Guillaume Apollinaire - Automne malade
Automne malade et adoré

Jean Richepin - Sonnet d'automne
Ah! l'automne vient aux amours comme aux années!

Théophile Gautier - La dernière feuille
Dans la forêt chauve et rouillée Il ne reste plus au rameau

Catulle Mendès - Dans la forêt de septembre
Ramure aux rumeurs amollies ...

Maurice Rollinat - Paysage d'octobre
Le torrent a franchi ses bords Et gagné la pierraille ocreuse

lundi 18 septembre 2017

Paul Valéry - Aurore



Ecouter la version chantée
Interprétation : Mikaeli Chamber Choir
Composition : Jean Françaix
- Diffusé par DEEZER -




Paul Valéry - (1871-1945)

Charmes


Aurore

À Paul Poujaud


La confusion morose
Qui me servait de sommeil,
Se dissipe dès la rose
Apparence du soleil.
Dans mon âme je m’avance,
Tout ailé de confiance :
C’est la première oraison !
À peine sorti des sables,
Je fais des pas admirables
Dans les pas de ma raison.


Salut ! encore endormies
À vos sourires jumeaux,
Similitudes amies
Qui brillez parmi les mots !
Au vacarme des abeilles
Je vous aurai par corbeilles,
Et sur l’échelon tremblant
De mon échelle dorée,
Ma prudence évaporée
Déjà pose son pied blanc.

Quelle aurore sur ces croupes
Qui commencent de frémir !
Déjà s’étirent par groupes
Telles qui semblaient dormir :
L’une brille, l’autre bâille ;
Et sur un peigne d’écaille
Égarant ses vagues doigts,
Du songe encore prochaine,
La paresseuse l’enchaîne
Aux prémisses de sa voix.

Quoi ! c’est vous, mal déridées !
Que fîtes-vous, cette nuit,
Maîtresses de l’âme, Idées,
Courtisanes par ennui ?
— Toujours sages, disent-elles,
Nos présences immortelles
Jamais n’ont trahi ton toit !
Nous étions non éloignées,
Mais secrètes araignées
Dans les ténèbres de toi !


Ne seras-tu pas de joie
Ivre ! à voir de l’ombre issus
Cent mille soleils de soie
Sur tes énigmes tissus ?
Regarde ce que nous fîmes :
Nous avons sur tes abîmes
Tendu nos fils primitifs,
Et pris la nature nue
Dans une trame ténue
De tremblants préparatifs…

Leur toile spirituelle,
Je la brise, et vais cherchant
Dans ma forêt sensuelle
Les oracles de mon chant.
Être ! Universelle oreille !
Toute l’âme s’appareille
À l'extrême du désir...
Elle s’écoute qui tremble
Et parfois ma lèvre semble
Son frémissement saisir.

Voici mes vignes ombreuses,
Les berceaux de mes hasards !
Les images sont nombreuses
À l’égal de mes regards...
Toute feuille me présente
Une source complaisante
Où je bois ce frêle bruit...
Tout m’est pulpe, tout amande,
Tout calice me demande
Que j’attende pour son fruit.

Je ne crains pas les épines !
L’éveil est bon, même dur !
Ces idéales rapines
Ne veulent pas qu’on soit sûr :
Il n’est pour ravir un monde
De blessure si profonde
Qui ne soit au ravisseur
Une féconde blessure,
Et son propre sang l’assure
D’être le vrai possesseur.

J’approche la transparence
De l’invisible bassin
Où nage mon Espérance
Que l’eau porte par le sein.
Son col coupe le temps vague
Et soulève cette vague
Que fait un col sans pareil...
Elle sent sous l’onde unie
La profondeur infinie,
Et frémit depuis l’orteil.




Du même auteur :
Aurore
Cantiques des colonnes
Le Sylphe
Les pas

jeudi 14 septembre 2017

Théodore de Banville - Promenade galante


        Statue de Calliope au Jardin du Luxembourg
        Marbre par Ferdinando Pelliccia (1808-1892)


Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Calliope Women's Chorus
Soliste : Anaïk Morel
Composition : Charles Koechlin




Théodore de Banville - (1823-1891)

Rimes dorées


Promenade galante

À Edmond Morin.

Dans le parc au noble dessin
Où s’égarent les Cidalises
Parmi les fontaines surprises
Dans le marbre du clair bassin,

Iris, que suit un jeune essaim,
Philis, Églé, nymphes éprises,
Avec leurs plumes indécises,
En manteau court, montrant leur sein,

Lycaste, Myrtil et Sylvandre
Vont, parmi la verdure tendre,
Vers les grands feuillages dormants.

Ils errent dans le matin blême,
Tous vêtus de satin, charmants
Et tristes comme l’Amour même.



mardi 12 septembre 2017

Banville - Les Étoiles


Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Calliope Women's Chorus
Composition : Charles Koechlin




Théodore de Banville - (1823-1891)

Rondels


Les Étoiles

Les cieux resplendissants d'Étoiles
Aux radieux frissonnements,
Ressemblent à des flots dormants
Que sillonnent de blanches voiles.

Quand l'azur déchire ses voiles,
Nous voyons les bleus firmaments,
Les cieux resplendissant d'Étoiles,
Aux radieux frissonnements.

Quel peintre mettra sur ses toiles,
Ô dieu! leurs clairs fourmillements,
Ces fournaises de diamants
Qu'à nos yeux ravis tu dévoiles,
Les cieux resplendissants d'Étoiles?



lundi 11 septembre 2017

Francis Carco - Rengaine


                Marie Dubas

Ecouter la version chantée
par Monique Morelli (1932)
Composition : Lino Leonardi
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter la version chantée
par Marie Dubas (1932)
Composition : Jacques Larmanjat
- Diffusé par DEEZER -




Francis Carco - (1886-1958)


Rengaine

Tu t'en vas et tu nous quittes.
- Adieu! Pense à moi, quelquefois.
- Je ne t'oublierai pas, petite!
Tu nous quittes et tu t'en vas.

Tu m'écriras trois semaines.
Le coeur y est, bien gentiment
Et puis tu berceras ta peine
Dans les bras d'un autre amant...

Tu sanglotes. Je suis triste.
Le train siffle. Ah! mon Dieu, mon Dieu!
Je ne veux plus que tu me quittes,
Maintenant que c'est sérieux.



Du même auteur :
Au pied des tours de Notre-Dame
Chanson Tendre
Il pleut
Le doux caboulot
Les fiacres
Nuits d'hiver
Rengaine
Ton ombre

vendredi 8 septembre 2017

Brassens - Le petit joueur de flûteau


                Brassens académicien par Raymond Peynet

Ecrit composé et interprété
par Georges Brassens
- Diffusé par DEEZER -




Georges Brassens - (1921-1981)


Le petit joueur de flûteau

Brassens ne voulait pas entrer
à l'Académie Française
Il s'en explique ici.


Le petit joueur de flûteau
Menait la musique au château.
Pour la grâce de ses chansons
Le roi lui offrit un blason.
"Je ne veux pas être noble,
Répondit le croque-note,
Avec un blason à la clé
Mon la se mettrait à gonfler,
On dirait par tout le pays :
Le joueur de flûte a trahi."

"Et mon pauvre petit clocher
Me semblerait trop bas perché.
Je ne plierais plus les genoux
Devant le Bon Dieu de chez nous.
Il faudrait à ma grande âme
Tous les saints de Notre-Dame.
Avec un évêque à la clé,
Mon la se mettrait à gonfler,
On dirait par tout le pays :
Le joueur de flûte a trahi."

"Et la chambre où j'ai vu le jour
Me serait un triste séjour,
Je quitterais mon lit mesquin
Pour une couche à baldaquin.
Je changerais ma chaumière
Pour une gentilhommière,
Avec un manoir à la clé,
Mon la se mettrait à gonfler,
On dirait par tout le pays :
Le joueur de flûte a trahi."

"Je serais honteux de mon sang,
Des aïeux de qui je descends,
On me verrait bouder dessus
La branche dont je suis issu.
Je voudrais un magnifique
Arbre généalogique,
Avec du sang bleu à la clé,
Mon la se mettrait a gonfler,
On dirait par tout le pays :
Le joueur de flûte a trahi."

"Je ne voudrais plus épouser
Ma promise, ma fiancée.
Je ne donnerais pas mon nom
À une quelconque Ninon.
Il me faudrait pour compagne
La fille d'un grand d'Espagne,
Avec une princesse à la clé
Mon la se mettrait à gonfler,
On dirait par tout le pays :
Le joueur de flûte a trahi."

Le petit joueur de flûteau
Fit la révérence au château.
Sans armoiries, sans parchemin,
Sans gloire il se mit en chemin
Vers son clocher, sa chaumine,
Ses parents et sa promise...
Nul ne dise, dans le pays :
"Le joueur de flûte a trahi",
Et Dieu reconnaisse pour sien
Le brave petit musicien !